Quelques souvenirs

13 juillet 2012

La guerre de 1939 1945

 

Mon père et ma mère sont nés à Carmaux, dans le Tarn.

                                   Mon frère, ma sœur et moi-même, sommes nés à Toulouse.

Mon frère aîné Christian est né le 27 juillet 1938, ma sœur Louisette le 8 juillet 1950.  

 

 

    pépé-christian                    1998182

          Pépé Sancéré et Christian                                                 Mémé Jaladieu et Louisette

 

Je suis né le 19 mai 1943, au milieu de la guerre, à la clinique des teinturiers dans le quartier Saint Cyprien.

Cinq ans me séparent de mon frère aîné et 7 ans de ma petite sœur, ce qui fait que nous avons tous les trois étaient élevés comme des enfants uniques.

                                                          1998175

                                                                   Henri et Christian

 Mes deux cousins Jeannot et Robert Almon ont aussi été élevés par mes parents suite au divorce de notre tante Simone, la sœur de mon père. Ils ont respectivement 14 et 15 ans de plus que moi. Ils sont restés à la maison de leur première communion jusqu’à leur mariage.

                                           1998185

                                      Jeannot ,Papa, Louisette, Robert, Christian et Henri (devant)

 

 

                                                                  1998173

En 1939, au début de la guerre, mes parents possédaient une boulangerie à Toulouse au 80,boulevard Deltour .

Mon cousin Robert y travaillait comme apprenti et mon autre cousin Jeannot avait été envoyé discrètement au maquis de la forêt de la Grésigne dans le Tarn pour échapper au travail obligatoire en Allemagne.

Nous avons quitté définitivement la boulangerie l’année de mes sept ans, j’ai très peu de souvenirs de cette époque. Tout ce dont je me souviens m’a été raconté bien plus tard par ma famille ou par des relations.

J’ai appris notamment que les Américains avaient bombardé les usines aéronautiques et chimiques de Toulouse un mois après ma naissance.

Mes parents venaient juste d’acheter la boulangerie et s’étaient endettés en hypothéquant la maison de ma grand-mère maternelle.

  Quelques mois plus tard, mon père fut victime d’un accident de voiture qui le laissa handicapé à vie du bras gauche. Comme il ne pouvait enfourner le pain lui-même, il fut obligé d’embaucher des ouvriers pour l’aider.

Ce qui aurait pu être une catastrophe a finalement été une chance, car, handicapé au début de la guerre, mon père n’a pas été mobilisé. Il a pu ainsi développer son commerce pendant toute la durée de la guerre. Ce qui fait qu’en 1950, mes parents possédaient une des plus grosses boulangeries de Toulouse.

Au début de la guerre, comme il n’était pas parti au front avec ses camarades qui d’ailleurs ont tous été fait prisonniers à Dunkerque, mon père s’est senti honteux et s’est porté volontaire en tant que secouriste de la Croix Rouge, parallèlement à son travail à la boulangerie.

Comme il était jeune, il avait 25 ans en 1939 et qu’en qualité de commerçant il avait le droit de circuler en voiture, il fut rapidement enrôlé par la Résistance comme chauffeur. Ce réseau était essentiellement constitué de policiers de la rue du rempart Saint Etienne.

Grâce à ses relations policières il se procurait des tickets de rationnement supplémentaires. Il a pu ainsi augmenter les rations de pain de ses clients qui avaient du mal à s’approvisionner pendant les années difficiles.

Combien de fois, quelques années après la guerre, lorsque je me présentais en donnant mon nom on me disait : «  Ah ! Jaladieu ! vous êtes le fils du boulanger du boulevard Deltour ?…Ah !..vos parents nous ont sauvé la vie pendant la guerre en nous donnant du pain sans ticket alors que c’était interdit. »

J’ai appris plus tard par la famille, par des voisins ou des amis que mon père s’était bien comporté en tant que résistant pendant la guerre et qu’il avait pris de nombreux risques.

Mais lui ne nous en a jamais parlé.

Je sais par exemple qu’une nuit, il a conduit les chefs de la Résistance à un  rendez-vous et que, comme il n’était que chauffeur il n’était pas resté à la réunion secrète, ce qui lui a probablement sauvé la vie car les résistants ont tous été fait prisonniers..

Quelques temps après on déposait une malle à la boulangerie et mon père dut la transporter à la forêt de Bouconne. Là deux personnes l’ont emportée. Elle contenait, d’après mon cousin Robert, qui l’avait ouverte par curiosité, le cadavre d’une personne qui avait été exécutée par la Résistance. C’était paraît-il le traitre qui avait permis aux Allemands d’anéantir le maquis.de Saint Lys .

Mon père est aussi intervenu la nuit du bombardement de l’usine chimique.

Une bombe était tombée sur un dancing au bord de la garonne. Avec d’autres membres de la Croix Rouge, ils ont du ramasser dans des bassines les restes des corps des jeunes gens qui étaient allés danser cette nuit là.

Avec ma mère ils ont aussi fait partie d’un réseau qui, sous le contrôle de la Résistance faisait passer les réfugiés clandestins en Espagne.

C’étaient pour la plupart des Juifs. Ma mère m’a raconté que certains jours, une personne arrivait à la boulangerie et laissait des enfants ou des familles entières auxquelles il fallait donner à manger et ensuite trouver un logement sûr pour quelques jours.

Heureusement, il y avait a cette époque, beaucoup de fermes autour du boulevard Deltour mais il fallait faire attention car les clients qui venaient au magasin n’étaient pas tous très sûrs.

Mon frère Christian m’a raconté qu’un jour alors qu’il avait entre 5 et 6 ans, des hommes, probablement des miliciens, sont venus le prendre devant la boulangerie. Il jouait avec sa copine Estelle, une petite juive.

Alors qu’on les faisait monter dans la voiture une voisine a crié : «  Pas lui ! c’est le fils de la boulangère ! ».

On l’a relâché. Par contre il n’a jamais revu Estelle.

Un autre jour, probablement suite à une dénonciation, des policiers sont venus à la boulangerie et ont pris mon père dans une voiture pour l’emmener, je ne sais où.

Au carrefour de la rue de Metz et de la rue d’Alsace Lorraine il a profité d’un arrêt de la voiture pour s’échapper et est rentré tranquillement chez lui.

Craignant le retour des policiers, mes parents nous ont tout de suite envoyé, moi chez ma grand-mère maternelle à Saint Benoît de Carmaux et mon frère chez un oncle de ma mère à Bourgnounac dans le Tarn.

 Mes parents ont continué à travailler à la boulangerie et n’ont plus été inquiétés.

C’était une drôle d’époque mais il est vrai que cela s’est déroulé juste après le débarquement des alliés en Normandie et que probablement les policiers collaborateurs avaient d’autres soucis.

Au moment de la libération de Toulouse mon père a participé à la reprise du journal la Dépêche.

Il y eut quelques échanges de coup de feux, notamment dans les sous-sols du bâtiment de la rue Bayard.

Pendant quelques jours, il a travaillé à la Dépêche mais ma mère est venue le chercher car elle trouvait qu’il y avait un peu trop de jolies secrétaires au journal et qu’il devait se remettre au travail à la boulangerie.

Sa dernière participation dans le cadre de la résistance a consisté à emmener à la préfecture pierre Bertaux, le nouveau préfet nommé par le général de Gaule. Mon père avait ressorti pour l’occasion sa onze Citroën qu’il avait cachée depuis le début de la guerre. Le soir mon père et ma mère ont été invités au bal de la préfecture.

 

                                            traction

 

Au moment de la libération mon père est intervenu auprés de la Résistance pour faire libérer mon oncle Gustave qui a failli être fusillé.

A la fin de la guerre, il n’a pas trop apprécié les querelles entre les Gaullistes et les communistes et tous ces nouveaux résistants de la dernière heure.

On lui a proposé des postes politiques, une place à la Dépêche et bien sûr des médailles mais mon père a refusé le tout et est retourné à son travail de boulanger.

A partir de cette époque mes parents ne se sont plus occupés de politique mais ils sont toujours restés fidèles au gaullisme.

Je ne les ai vu manifester dans la rue qu’une seule fois , en mai 1968 , à l’appel du Général de Gaulle.

 

                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 juillet 2012

La boulangerie du Boulevard Deltour

Nous sommes restés à la boulangerie jusqu’en janvier 1950.

J’avais alors 7 ans puis nous sommes allés habités de l’autre côté de Toulouse, à Blagnac et je n’ai jamais revu mes anciens copains et voisins.

C’est pour cette raison que j’ai toujours eu beaucoup de mal à mémoriser mes sept premières années. Mais comme ma famille m’en a beaucoup parlé je me souviens surtout de quelques histoires plus ou moins drôles.

La boulangerie du 80 boulevard Deltour existe toujours aujourd’hui. Mon père avait èté un des premiers boulangers de Toulouse à remplacer le vieux four à bois par un four à vapeur.

Nous dormions juste au dessus de la boulangerie. On entendait toute la nuit le bruit du pétrin et les chants et les disputes des ouvriers. C’est probablement pour cette raison que le bruit ne me dérange jamais pour m’endormir.

Les cabinets étaient dans une cabane au fond du jardin. Cela sentait très mauvais mais cela ne nous dérangeait pas à l’époque car c’était partout pareil.

Dans la maison on sentait toujours une odeur de pain frais, de farine et de fleur d’oranger car mon père à côté du pain fabriquait des gâteaux. Je me souviens en particulier des grandes plaques de feuilletés et des montagnes d’oreillettes que nous dégustions avec tous mes copains les jours de carnaval..

J’étais un enfant très imaginatif et lorsque je jouais, je m’isolais très facilement. Robert me prenait parfois avec lui dans la camionnette lorsqu’il livrait le pain. Un jour de grand froid, j’avais environ 3 ans, la route était complètement gelée. La voiture dérapa et se retrouva dans un champ après avoir fait un tour complet sur elle même. Heureusement l’accident fut sans conséquence mais Robert était très affecté et il avait eu peur qu’il m’arrive quelque chose car je jouais avec des petits soldats au fond de la camionnette. Il s’approcha de moi pour voir si je n’étais pas blessé et il m’entendit dire : «  cow-boy ? cow-boy ? ou êtes vous ?….je suis là monsieur l’indien. » et comme il me demandait si j’allais bien, je lui répondis : « on est arrivé ? ». Je ne m’étais aperçu de rien.

                                                      henri 1948

 

Un autre jour, comme je m’étais disputé avec un petit voisin qui était plus grand que moi, je lui fit un croche patte et il tomba la tête la première dans le caniveau. A cette époque il n’y avait pas de tout- à- l’égout au boulevard Deltour et les fossés étaient remplis d’une vase très épaisse. Il ressortit du fossé, noir comme de l’ébène et courut en pleurant chez lui. Une voisine qui le vit passer fut incapable de le reconnaître.

 

 

Ma petite amie de l’époque s’appelait Dany Dassin. Nous avions entre 4 et 5 ans . Elle habitait une jolie villa à deux maisons de la boulangerie. Son père vendait de superbes voitures sur le boulevard de Strasbourg. Sa mère nous gardait souvent l’après midi. J’aimais bien joué chez elle mais elle voulait toujours voir ma zigounette et on se cachait dans la niche du chien ou dans les cabinets au fond du couloir. Une après-midi, alors que j’étais avec Dany dans les cabinets, la culotte sur les chevilles, sa mère nous a surpris et elle nous a grondés. Je pense qu’elle avait bien ri mais moi j’étais très effrayé et tout honteux.

 

J’allais à l’école au cours préparatoire rue Jean Chaubet. Je me souviens que l’institutrice cultivait un pied de tomate dans la cour de l’école. Je surveillais tous les jours une petite tomate et un jour je l’ai cueillie pour la manger. J’ai été dénoncé par mes camarades de classe et la maîtresse a convoqué mes parents en leur disant que j’étais un petit voleur. J’ai eu très peur d’être renvoyé de l’école.

 

                                  henri maternelle

 

J’étais assez malingre et j’avais horreur de manger. Le moment du repas était toujours pour moi un calvaire. Cela durait des heures et se terminait toujours par une punition et au lit.

C’est probablement depuis cette époque que j’ai détesté la sieste. Toute la famille et tous les amis de mes parents essayaient, en vain de me faire manger quelque chose. Mais je mâchais les bouts de viande pendant des heures et je triais même les gâteaux à la crème.

Un jour Robert décida que lui, arriverait à me faire manger. Il fit cuire un beau morceau de steak, le découpa en tout petits morceaux et me le fit manger. Moi, comme d’habitude j’avais des boules de viande plein les joues. Et lorsqu’il me disait : « mange !!! » je répondais : « mais je mange ». mais je n’en faisais rien. En fait, dès qu’il tournait le dos, je jetais les boules de viande sous la table et notre chien les mangeait. Donc ce jour là, Robert, très fier, dit : « voyez ! moi j’ai réussi à faire manger Henri ». Mais le chien était enfermé dans la cour et lorsque Robert voulut ranger le couvert il découvrit toutes les boulettes sous la table. De rage il fit cuire un autre steak et m’obligea à le manger.

J’ai gardé longtemps cette phobie du repas. Pendant des années, chaque fois qu’un parent ou un ami parlait de moi à mes parents c’était pour dire : « Et Henri, est-ce qu’il mange ? ».

Je n’ai commencé à manger normalement qu’à l’âge de 11 ans, lorsque j’ai été pensionnaire au lycée Bellevue.

 

J’ai eu un autre problème, probablement à l’approche et après la naissance de ma petite sœur vers six, sept ans. J’étais très sale, je faisais dans mes culottes et pire, cela ne m’incommodait pas et je pouvais rester des heures comme cela. Comme ma mère ne s’occupait pas trop de moi à cause du magasin, c’était surtout les voisines et les mères de mes copains qui étaient incommodées. Je me souviens qu’un jour, après l’école , j’étais resté jouer chez un copain avant de rentrer chez moi. J’avais des pantalons de golf remplis de caca et je continuais à jouer jusqu’au moment où la mère de mon copain trouvant l’odeur insupportable m’a renvoyé chez moi. Moi, je n’étais pas gêné. En fait, je ne m’apercevais de rien.

 

Pour la naissance de ma sœur Louisette, ma mère avait décidé qu’elle n’accoucherait pas à la clinique des teinturiers mais à la maison. Mais pour ne pas être gênée elle décida de m’envoyer quelques jours chez mes grands parents maternels dans notre maison de Lalande, chemin des Isards. Je ne connaissais pas bien mes grands-parents qui habitaient ordinairement Paris et j’étais probablement inquiet de devoir vivre avec eux. De plus je me sentais abandonné par mes parents qui parlaient beaucoup de la petite sœur qui allait prendre ma place. Aussi lorsque mon père est venu me déposer chez mes grands-parents, je me suis éloigné au moment du départ et je me suis caché dans la voiture de mon père qui revenait à la boulangerie. Arrivé à la maison , je n’ai pas osé sortir de la voiture. Je suis resté plusieurs heures au fond de la malle de la voiture dans le noir du garage. C’est mon père qui m’a découvert après le souper. J’imagine aujourd’hui l’angoisse de mes grands-parents. Ils ne me connaissaient pas bien, ils m'ont cherché partout dans le quartier, avec l’aide de tous les voisins jusqu’à la nuit tombée. Ils n’avaient pas de téléphone pour avertir mes parents…

Mon père m’a ramené à Lalande le soir même. Je ne me souviens pas si l’on m’a grondé.

 

 

Deux ou trois fois par an nous allions au cinéma en famille. Je me souviens du jour où j’ai vu Pinocchio. J’ai eu très peur lorsque il a été avalé par la baleine mais surtout lorsque les enfants se sont transformés en ânes.

D’ailleurs quelques temps après mon père qui avait décidé de partir en vacances sur la côte d’azur et qui ne voulait pas m’emmener, me dit : « si tu viens avec nous sur la côte d’azur, tu auras des oreilles d’âne. » Pendant quelques temps je restais très sage et très obéissant car chaque fois on me répétait : «  si tu n’es pas sage tu viendras avec nous sur la côte d’azur »

 

 

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Les vacances à Grépiac

Dès 1947 et jusqu'en 1950 ,  nous passions les trois mois de vacances d’été dans une petite maison de la banlieue toulousaine près de Grépiac.

Mon père avait acheté après la guerre cette maison mitoyenne avec une seule pièce au rez-de-chaussée qui faisait office de salle de séjour cuisine et à l’étage une chambre où l’on avait mis des lits de camp de l’armée.

Il n’y avait ni salle de bains, ni toilettes. On s’éclairait à la lampe à pétrole.

Mon grand-père maternel venait chaque été de Paris pour nous garder. Nous c’est à dire moi, mon frère Christian, mon cousin Michel, le fils du frère de ma mère qui lui aussi vivait à Paris et Eliane Cozette la fille d’un ami de mon père qui construisait des hydravions pour la société Latécoère à Biscarrosse.

Cette maison servait à mon père et à ses amis de relais de chasse car après la guerre il y avait beaucoup de gibier autour de Toulouse

 

                                    grepiac 4

                                   

     Pépé, Mr et Mme Fonquerni, Papa, Maman, Fonquerni fils  et devant Michel, Henri et Christian  et Turc , l'épagneul .

 

  

l n’y avait pas d’eau courante et pour nous laver. comme la maison était située à quelques mètres de l’Ariège, tous les matins nous partions tous les cinq avec mon grand-père, nous laver dans la rivière. Je revois encore mon grand-père, torse nu avec des caleçons longs se badigeonner de savon au milieu du guet.

L’après-midi après la sieste nous allions nous baigner dans l’Ariège au trou du curé. C’était une petite cuvette de 4 à 5 mètres de diamètre. Je ne me souviens pas de la profondeur mais je suppose que cela n’était pas très dangereux de s’y baigner. Mais pour moi c’était la grande aventure. Parfois, l’après midi nous allions à la pèche avec mon grand-père. On attrapait beaucoup de petits poissons, des goujons, des ablettes, des cabots et des barbeaux qui eux avaient beaucoup d’arêtes. Le soir il faisait cuire cette friture. Les enfants se régalaient mais pas moi car j’étais toujours aussi pénible lorsqu’il fallait manger.

Un jour mon grand-père avait prévu de faire cuire un canard pour le repas de midi. Après l’avoir plumé il lui coupa la tête pour le saigner mais le canard lui glissa des mains et il courut, sans tête dans la pièce pendant quelques secondes. Cela m’avait beaucoup impressionné, j’en ai rêvé longtemps.

Mon grand père nous amusait avec tout. Par exemple, il nous avait expliqué que pour bien assaisonner la salade il fallait la tourner dans le saladier en faisant 99 tours. Pas 100 ni 98. Aussi tous les soirs on surveillait Pépé pour qu’il fasse exactement 99 tours.

Le soir, à la chandelle nous jouions à bataille, aux petits chevaux ou au jeu de l’oie. Puis, pour nous endormir mon grand-père nous racontait des histoires comme le petit chaperon rouge, le petit poucet et barbe bleu.  

Il nous avait fabriqué des épées en bois et nous jouions aux corsaires, aux mousquetaires ou aux chevaliers. C’est au cours d’un de ces jeux que je reçu un coup d’épée sur la figure qui me cassa la moitié d’une incisive. J’ai gardé ce sourire avec ma dent cassée pendant une grande partie de mon enfance. Jusqu’à ce que, vers l’âge de quinze ans, mon père m’emmène chez son dentiste de la rue de la pomme qui me recouvrit la dent cassée par une belle jaquette blanche. Ce qui me permis d’avoir un joli sourire au moment où je commençait à m’intéresser aux filles.

Mes parents venaient souvent nous voir les dimanches après-midi.

Mon père avait toujours deux ou trois canoés avec lesquels nous faisions de belles promenades sur l’Ariège. Pendant que les grands ramaient, les petits écopaient l’eau avec des boites de conserve car les bateaux prenaient l’eau 

                                                         grepiac 3

                                                                      Papa sur son canoë

                                                    

                                                     grepiac1

                                                     Christian, 2 amis et Henri au « trou du curé » sur l'Ariège

 

Quelquefois, à la tombée de la nuit nous allions nous coucher dans le pré devant la maison pour regarder la lune, les étoiles, la grande et la petite ourse.

Mais surtout pour voir la danse des lapins.

Robert et Christian me racontaient que la nuit les lapins sortaient du clapier et couraient en formant un cercle sous la lune. Ils s’arrêtaient, se frottaient les pattes et se remettaient à danser en rond.

Je pense qu’ils se moquaient de moi car j’ai vu souvent les lapins la nuit mais je ne les ai jamais vus danser.

Par contre, dans la journée on trouvait des crottes de lapins qui formaient un cercle.....

 

 

 

 

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20 juillet 2012

Le bureau de tabac

Et puis, arriva 1950, année de grands bouleversements pour notre famille.

Ce fut tout d’abord l’année de la naissance de ma sœur Louisette.

Une fille dans cette famille de machos où nous étions entre garçons, Jeannot et Robert mes cousins, Christian, moi et aussi, pour les vacances Michel, mon cousin parisien.

Elle avait 7 ans de moins que moi et dès que je l’ai vue, ma première réaction a été de m’exclamer: « Comme elle est petite ! Jamais je ne pourrai jouer avec elle. »

 

                                    louisette 1951

 

Le second grand changement concerna notre départ de la boulangerie du boulevard Deltour et notre arrivée à Blagnac.

Mon père avait décidé de vendre la boulangerie.

C’était une excellente affaire, probablement en 1950, une des plus grosse boulangerie de Toulouse. Mais mon père trouvait le travail de boulanger très fatigant. Il faut dire qu’il avait 36 ans et qu’il passait ses nuits à faire du pain depuis l’âge de 14 ans. Il ne voulait plus gérer du personnel mais surtout il avait l’intuition que la concurrence allait être plus forte sur son métier. Il avait probablement raison car le jour où il signa l’acte de vente de la boulangerie, deux boulangeries concurrentes s'ouvrirent dans le voisinage.

Mes parents voulaient aussi mieux gérer leur patrimoine.

En 1950 ils étaient propriétaires du fond de commerce de la boulangerie puisqu’ils avaient remboursé l’emprunt mais ils étaient locataires de la maison. Mon père préféra acheter un plus petit commerce mais être propriétaire des murs ce qui leur garantissait leur patrimoine en cas de mauvaises affaires.

Ils décidèrent d’acheter une grande maison à Blagnac près du pont suspendu.

                              pont de blagnac

 

                                 on remarque la maison en bas à droite sur la photo    

Au début du siècle, avant la construction du pont suspendu, on franchissait la Garonne à Blagnac au moyen d’un bac tiré depuis la rive par des chevaux de halage. C’était dans notre maison que le passeur logeait ses chevaux. Il y avait encore dans la cave le râtelier en bon état.

Il y avait dans cette maison trois appartements et deux commerces dont un café et un bureau de tabac.

Mes parents sont devenus propriétaires,du bureau de tabac avec son appartement, d’un petit appartement donnant sur la Garonne et de l’appartement et du local du café mais pas du café en tant que fond de commerce.

Donc pour résumé ils ne payaient plus de loyer pour leur appartement, ni pour le tabac et ils avaient en plus comme revenus les loyers du café et du petit appartement. Le tabac était contrairement à la boulangerie une très petite affaire qui était tenue par une veuve qui ne l’avait que très peu développé.

Le local du tabac était très petit environ 4 m². On y vendait exclusivement du tabac.

On aperçoit, sur la photographie, notre maison à la droite du pont suspendu avec le café à l’enseigne du Pavillon Bleu et dans le prolongement du café le petit bureau de tabac et un petit jardin.

 

                                         1998168[1]

 

Pour pouvoir vendre du tabac il faut, comme pour les débits de boisson alcoolisées, une licence. Ces licences étaient accordées par la préfecture généralement à des veuves, des handicapés ou des anciens militaires. Je ne sais pas comment mon père a obtenu sa licence, probablement grâce à ses anciennes relations politiques du temps de la résistance.

Mon père avait acheté ce commerce car il avait remarqué que chaque jour les employés qui travaillaient pour les usines aéronautiques de Blagnac passaient devant le tabac. Il pensait que cette industrie allait se développer rapidement.

A cette époque, la société Airbus n’existait pas encore, ni l’Aérospatiale. Mais il y avait autour de l’aéroport un grand nombre de petites entreprises aéronautiques comme Breguet, Potez, Fouga, Dewoitine et la Société Nationale de Construction Aéronautique du Sud Ouest, la SNCASO qui commençait à développer un nouvel avion, la Caravelle.

Déjà de nombreux ingénieurs de la région parisienne venaient s’installer à Blagnac. Il n’y avait pas encore de super marché en France, comme Leclerc ou Carrefour.

Mon père imagina de transformer le bureau de tabac en super marché. 

Il fit construire un local beaucoup plus grand qui n’a pas était modifié depuis.

 

                                    henri-andré

                                          Henri et André Lapoutge devant le magasin

Le magasin était ouvert sans interruption de six heures et demi, le matin, juste avant le passage des ouvriers, jusqu’à huit heure et demi le soir.

Et ceci, toute l’année et toute la semaine, samedi et dimanche compris. On fermait seulement le lundi après midi pour que ma mère puisse rencontrer nos fournisseurs, les grossistes.

Tous les matins mon père tenait le magasin pendant que ma mère s’occupait de nous jusqu’à notre départ pour l’école. Puis elle prenait le relais de mon père vers huit heures , heure à la quelle il partait à Toulouse s’occuper des fournisseurs.

A vingt heures trente, après la fermeture du magasin nous soupions, puis, ma mère terminait sa journée en "faisant la caisse " ..

C’était , suivant les jours , soit ma mère, soit ma grand-mère paternelle, soit la bonne qui préparait les repas .

Lorsque, le matin, un client demandait à mon père un article que nous n’avions pas au magasin, il se débrouillait toujours pour le trouver chez un fournisseur et cela devenait très rapidement un produit « maison Jaladieu ».

C’est ainsi que, à côté du tabac, le commerce s'est transformé  progressivement en  mercerie, bonneterie, droguerie, librairie, marchand de journaux, articles de pèche et de chasse, parfumerie, confiserie, jouets, cadeaux, chaussures.

On a même remaillé les bas de femmes et vendu des asticots pour la pêche.

Ce fut pour moi des années merveilleuses car même si j’aidais parfois au magasin, je pouvais utiliser tous les jouets et lire tous les journaux.

Entre sept ans et vingt ans, date à la quelle nous avons vendu le tabac j’ai lu tout ce qui était publié , les bandes dessinées pour enfants, les journaux de femmes, les journaux de sports, les journaux humoristiques les romans, les livres de poche, les encyclopédies etc.. Je lisais environ 100 journaux par semaine.  

Je n’allais pas souvent jouer chez mes copains, c’étaient plutôt eux qui venaient me voir. Ils s’asseyaient par terre derrière le comptoir pour lire comme on le voit aujourd’hui à la Fnac ou chez Virgin.

Côté bonbons et chocolat, ce n’était pas mal non plus, je me gavais de malakofs, de barres poulains et de ferrero rochers.

Pour Noël, ma mère achetait des boites de chocolat  avec les quelles nous confectionnions des  sachets entourés de petits rubans , comme dans la chanson et au passage j’en mangeais de grosses quantités .

Nous mangions dans la salle à manger qui était séparée du m.agasin par un petit escalier de quatre marches.

Chaque fois qu’un client entrait dans le magasin on descendait ces quatre marches et on les remontait dès qu’il était sortit. Comme il arrivait environ un client toutes les trois minutes, cela nous faisait un bon exercice.

J’adorais regarder ma mère préparer les vitrines. Chaque semaine, elle modifiait l’agencement du magasin et surtout les deux vitrines avec des publicités et des objets de toutes sorte.

C’était particulièrement extraordinaire au moment des fêtes de noël, avec toutes ces guirlandes et toutes ces illuminations. Il faut dire que c’était le seul magasin du quartier qui était décoré.

Les gens s’arrêtaient pour admirer les vitrines, en particulier ceux qui attendaient l’autobus pour Toulouse, le J Barré.

J’ai toujours été entouré de beaucoup de jouets, surtout à Noël.

Je jouais avec, jusqu’à ce qu’une cliente l’achète et l’emporte. Je regardais désespérément partir un à un tous les jouets que j’aimais car je savais que le soir de Noël il ne me resterait que le jouet qui n’aurait pas été vendu.

Je me souviens particulièrement d’un revolver de cowboy   qui tirait des balles en plastique.

Nous en avions environ une dizaine et je regardais le stock diminuer tous les jours.

Le soir de Noël, il en restait un. Quelle joie ! mais de courte durée car en l’utilisant pour la première fois, je suis tombé dans l’escalier et le revolver s’est brisé. Je m’en souviens encore.

Louisette n’avait pas ces problèmes car elle croyait encore au Père Noël.

 

                                                 louisette

 

 

 

 

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21 juillet 2012

l'école communale

Coté scolaire, j’ai peu de souvenir du cours préparatoire car cette année là, en 1950, j’ai été ballotté entre l’école de la rue jean Chaubet près du boulevard Deltour et l’école du quartier des trois cocus près de la maison de la lande au moment de la naissance de Louisette.

De cette dernière école je ne me souviens que de deux choses.

J’y allais tout seul à bicyclette et c’est la seule fois de ma période scolaire ou j’ai été premier de ma classe.

Il faut dire que je n’avais pas trop d’efforts à faire car nous n’étions que cinq en cours préparatoire et les quatre autres étaient des gitans de Ginestous qui parlaient très mal le français.

 

De 1950 à 1954 je suis allé à l’école communale de Blagnac.

 Tous les matins, avec ma blouse grise, ma canadienne, mon béret et un cartable assez lourd je sortais de chez moi et parcourais à pied le kilomètre qui me séparait de l’école de Blagnac.

 

                                        Blagnac_1953

                           Ecole de Blagnac CM2 : je suis le cinquième en partant de la droite au troisième rang.

Je me souviens surtout des bagarres dans la cour et des parties de football ou deux chefs choisissaient les équipiers en « pamelant ». Comme je n’étais pas très sportif, j’étais toujours choisi en dernier.

On jouait beaucoup aux billes. J’en avais de très belles que je prenais au magasin mais comme je n’étais pas très adroit je les perdais rapidement.

Je me souviens aussi des repas à la cantine qui étaient toujours un calvaire pour moi et bien sûr des filles avec de si beaux sourires que l’on voyait à midi. J’étais très amoureux.

J’ai eu deux très bons instituteurs qui m’ont donné le goût des études, Monsieur Kermel, un antillais pour le cours élémentaire un et deux et Monsieur Bécanne pour le cours moyen un et deux, jusqu’à l’entrée en sixième.

 

                                            henri géo

 

On apprenait les tables de multiplication, les problèmes de trains qui se rattrapaient, de baignoires qui fuyaient. On dessinait de belles cartes de l’Afrique ou de l’Indochine qui nous faisaient rêver. On apprenait par cœur des poèmes et des fables de La Fontaine. On rêvait des exploits de Clovis, Charlemagne ou Napoléon. J’étais plutôt un bon élève. J’apprenais bien mes leçons, j’adorais les récitations, l’histoire et la géographie et j’étais bon en calcul.

En fait, j’aimais bien l’école. Comme j’étais un assez bon élève, je gagnais des bons points et des images.

A la fin de l’année, pour la fête des écoles j’étais toujours dans les trois meilleurs élèves de la classe et je recevais comme prix d’excellence un livre de la collection rouge et or. Les instituteurs étaient très sévères et ils ne craignaient pas de nous infliger des punitions corporelles. Ils nous mettaient au coin , nous tiraient les cheveux juste au niveau des pattes, nous donnaient des coups de règles sur les doigts.

Je me souviens de quelques camarades particulièrement dissipés Picheri, Calac, Esparseil, Bosc, Dacougna. Monsieur Kermel leur donnait des coups de trique avec une grosse canne en bambou. Moi, par contre, je n’étais jamais punis car je faisais les coups en douce.

 

C'est aussi à cet époque que j'ai rencontré ceux qui sont restés mes premiers amis d'enfance Alain Veiller et les deux frères Gallart Jacques et Francis.

 

On avait très peu d’image à l’époque. On collectionnait les images des fables de la Fontaine que l’on trouvait dans les tablettes de chocolat. J’avais aussi une très belle collection de papiers buvards. Il n’y avait pas la télévision et très peu de bandes dessinées, Moi j'étais tout de même privilégié avec tous les journaux que je pouvais lire au magasin.

Mais, encore une fois grâce au magasin, j'ai eu accès à un monde merveilleux et exceptionnel pour notre époque, celui du cinéma.

Généralement on voyait peu de films en famille, peut-être deux à trois par an.

A Blagnac il y avait un petit cinéma qui appartenait à la paroisse avec une salle de cent places environ situé près de l’église. Il y est encore aujourd’hui.

Le propriétaire de ce cinéma, avait demandé à ma mère l’autorisation de mettre une photo du film de la semaine dans notre vitrine pour faire de la publicité.

En échange il nous avait donné une petite carte rose qui permettait aux enfants Jaladieu d’assister gratuitement à une séance tous les dimanches à quatorze heure.

Louisette n’y allait pas car elle était trop jeune et Christian préférait faire du sport et courir les filles. Par contre moi, j’y allais tous les dimanches et c’est ainsi que contrairement aux jeunes de ma génération qui voyaient cinq à six films par an j’ai vu tous les films qui sont passés à Blagnac entre 1950 et 1960.

C’est peut-être aussi pour cela que je n’ai jamais été un grand sportif.

Entre les livres au magasin et les films au cinéma de Blagnac je me suis surtout intéressé à des activités qui se pratiquaient assis.

 

Chaque année pour la fête des écoles qui se déroulait au ramier de Blagnac, on présentait un spectacle sur scène devant nos parents. Généralement nous chantions des chansons en patois, comme : « l’agnel que m’as dounat, sen es anat païssé din la prado ». je ne suis pas sûr de l’orthographe.

J’ai aussi un bon souvenir d’un spectacle lors d’une fête des école avec monsieur Kermel.

Cette année là on répétait une pièce de théâtre, sidi Couscous.

C’était une histoire qui aujourd’hui me paraît un peu raciste. Il y avait un petit arabe qui s’exprimait très mal et qui allait chez un commissaire de police.

Au début on se moquait de l’accent arabe et à la fin c’est le petit arabe qui arrêtait le commissaire. Enfin cela passait parce qu’à l’époque on ne faisait pas trop attention à ces choses. C’était l’époque de la pub « ya bon banania «  et aussi je suppose parce que notre instituteur était antillais.

Enfin je devais avoir un petit rôle dans la pièce mais au fil des répétitions, comme j’étais un des seuls à savoir le texte par cœur j’ai eu le principal rôle, celui du petit Sidi Couscous.

Ce fut mes débuts d’acteur de théâtre.

 

                                               Scan0046

                                             

                                              Henri (Sidi Couscous) et Alain Veiller ( le commissaire)

 

                                                 Scan0044

 

                                                  Scan0045

 

 

C’est aussi à cette époque que j’ai démarré et terminé définitivement ma carrière de musicien.

J’avais commencé des cours de piano et de solfège lorsque nous étions à la boulangerie.

J’aimais bien ça et je commençais à faire des gammes avec la fameuse méthode rose.

Mais au bout de trois mois nous nous installâmes à Blagnac et comme nous ne connaissions pas de professeur de piano, j'ai arrêté les leçons.

Quelques années plus tard mon père m’inscrivit à la clique de Blagnac pour jouer du clairon.

C’était très sympathique. On avait une jolie tenue toute blanche avec un béret rouge et en guise de cravate deux pompons violets.  

 

                                clique1 

 

On apprenait à marcher au pas, à faire des moulinets avec nos instruments et aussi à jouer du clairon. Mais comme je n’allais pas souvent aux répétitions car j’étais pensionnaire je n’ai jamais su en jouer correctement .

Cela ne m’a pas empêcher de défiler un peu partout lors des fêtes de villages mais je devais faire semblant de jouer.  

 

                                       clique3

 

Pour en terminer avec cette période, à la fin du cours moyen deuxième année, mon père décida que je devais passer le concours de l’ entrée en sixième. A l’époque très peu d’élèves passaient ce concours. Sur trente élèves de Blagnac, nous n’étions que deux à le tenter, les autres continuaient leur scolarité par le certificat d’études et des écoles professionnelles.

J’ai donc passé le concours et je suis rentré au lycée l'année suivante .

      

 

 

 

 

 

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La communion solennelle

 

 

 

 

 

Entre les années écoles et les années lycées il y a eu aussi le grand jour de la communion solennelle.

C'était une étape importante dans nos vies car cela correspondait à la fin du catéchisme. On n'était plus obligé d'assister à la messe tous les dimanches et on n'allait plus au confessionnal.

 

                                                         christian henri 1950

                                                          Christian en 1950

 

                                                   1962 -2

 

                                                               Louisette en 1962

 

Donc le 5 juin 1955 je devenais un homme. J’ai reçu en cadeaux une belle montre en or que j’ai porté jusque vers 25 ans, au moment ou sont apparues les montres à quartz.

C’est aussi le premier jour où j’ai un peu trop bu de champagne pour faire comme les grands.

Mes parents m’avaient fait faire un très jolie costume sombre sur mesure.

C’est aussi le jours où l’on nous prenait en photos. Il faut dire qu’à l’époque on ne prenait pas beaucoup de photos.

 

 

                                               communion1

 

Et bien sûr lors de la messe ont étaient tous très beaux avec mes copains, Alain Veiller, Jaques et Françis Gallart et toutes les filles en robes blanches. On avait l’impression de se marier.

Et cela me plaisait d’autant plus qu’il y avait parmi les communiantes, Michèle Lacombe et Josette Rodriguez. Je devais avoir déjà un cœur d’artichaut car j’étais amoureux des deux à la fois.  

 

                                                     communion2

 

                                                   famille 1955

Le jour de ma communion dans la cour de notre maison à Blagnac, c’est Christian qui a pris la photo avec toute la famille.

Maman, Papa, tante Dorothée,  Louisette, Brigitte et Robert qui revenait de son service militaire au Maroc, Jeannot, Jean Louis, Maguy et moi.

 

 

 

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22 juillet 2012

Le lycée Bellevue

Un dimanche soir, en octobre1954, je suis entré pour la première fois au lycée Bellevue à Toulouse.

J’avais onze ans et j’étais pensionnaire.

J’avais déjà goutté au pensionnat pendant les colonies de vacances en Bretagne et à Saint Afrique mais cela durait moins longtemps et j’étais accompagné de mon frère.

Là c’était différent bien que le Lycée Bellevue soit à quelques kilomètres de chez nous, je me sentais beaucoup plus isolé et dans un monde, le pensionnat, qui me paraissait être une jungle.

Pour survivre il fallait être très solide physiquement et psychiquement. Je me souviens du premier soir où tous les petits nouveaux étaient en pleurs.

Le premier jeudi j’ai été capturé dans les bois par une bande de grands qui m’ont attaché à un arbre. Et c’est environ trois heures après que j’ai été délivré par un surveillant , un pion comme on disait à l’époque. J’avais eu une des plus belles peurs de ma jeune vie.

Le pensionnat m’a changé. J’ai commencé à me nourrir correctement. J’échangeais des morceaux de fromages que je n’aimais pas contre de la viande. Il fallait tenir la semaine car j’étais un pensionnaire privilégié. Je rentrais à la maison chaque samedi sauf lorsque j’avais été puni.

En fait je sortais du lycée le samedi à 14 heures . Je prenais deux autobus pour arriver à Blagnac. Je passais la soirée et le dimanche matin chez moi et j’en profitais pour lire toute les revues, les journaux et les bandes dessinées.

Puis le dimanche à quatorze heures j’allais au cinéma de Blagnac et en sortant je reprenais le bus pour arriver avant sept heures au lycée.

Plus tard je ramenais au lycée des livres du magasin pour moi et mes copains. Comme nous avions énormément d’heures d’études, nous lisions beaucoup. Nous avions études tous les jours de 5 à 7 puis de 8 à 9. et le jeudi toute la journée.

Durant toutes ces années j’ai beaucoup lu de romans, tout d’abord des Bob Morane, puis des policiers, le Saint, San Antonio, Agatha Christie, Simenon et ensuite avec le début des livres de poche, Gide, Camus, Steinbeck, Faulkner, Hemingway, Marcel Aymé, Pagnol, Céline. Avec quelques copains nous dévorions tout.

  Le lycée était tout neuf, superbe, c’était un lycée pilote avec de jeunes professeurs, pour la plupart agrégés qui mettaient en œuvre de nouvelles méthodes pédagogiques souvent très ludiques. Les élèves externes venaient généralement de la bourgeoisie Toulousaine.

C’était aussi le début des classes mixtes. Nous avions environ 4 à 6 filles par classe.

Il y avait aussi des cours de musique durant lesquels nous écoutions des œuvres classiques sur des électrophones. C’est au cours de ces années là que j’ai écouté pour la première fois la petite musique de nuit, la water music, les quatre saisons ou la chevauchée des walkyries. Cela me changeait de chez nous où l’on écoutait Tino Rossi, André Dassari et Edith Piaf.

Tous les soirs avant d’aller en études les pensionnaires se retrouvaient au Foyer. On pouvait jouer au ping-pong et surtout écouter des microsillons de musique pour adolescents.

C’est là que j’ai entendu pour la première fois Bill Haley, les Platters, Elvis Presley et Paul Anka.

Le jeudi nous avions le ciné club. Nous sortions du lycée pour aller au cinéma Saint Agne ou à l’Hollywood.

Là, des professeurs passionnés nous initiaient au 7° art en nous faisant voir des classiques du cinéma. C’est eux qui m’ont appris à regarder les films différemment .

Un de ces professeur, monsieur Janiquot avait décidé de réaliser un film en classe, en utilisant les élèves comme acteurs.

Je me souviens des débuts du tournage. Il avait une petite caméra et nous tournions dans les bois qui entouraient notre classe. Je faisais partie des acteurs principaux.

Sur les premières scènes nous jouions aux billes et le chef de la bande nous appelait.

Alors monsieur Janicot me dit : » je vais te filmer, tu entends ton ami qui t’appelle et tu souris. » Il me filme en gros plan. J’étais entouré par une trentaine de camarade de classe qui se marraient.

Et là, impossible de sourire. J’ai fait une horrible grimace avec ma dent cassé mais impossible de sourire sur commande. Le prof m’a remplacé et ce fut la fin d’une carrière de star de cinéma.

                                           bellevue_3B2_1958

                                 Lycée Bellevue classe de 3°B2 : je suis le dernier à droite au 2° rang

 

Un autre souvenir de cette époque me reviens, l’affrontement avec les surveillants d’internat que l’on appelait les pions.

Avec l’age je réalise que nous avions avec eux des rapports violents, parfois proche de la haine.

Il faut dire que cela ne devait pas être facile de faire la discipline, surtout la nuit dans les dortoirs. Les pions qui devaient être de braves bougres étaient laissés souvent seuls à surveiller des bandes de sauvageons, parfois une centaine et toujours très excités.

Ils nous gardaient en études le jeudi matin, l’après midi et le soir jusqu’à 9 heures puis on allait se coucher et le pion dormait à coté de nous dans notre chambre, séparé seulement par un rideau. Parfois il n’y avait qu’un pion pour 3 dortoirs, soit environ 100 élèves. Alors certaines nuits c’était l’enfer pour le pauvre surveillant.

On criait, on chahutait. Mais à cette époque les surveillants ne se privaient pas pour nous flanquer des raclés mémorables.

Je me souviens d’un que l’on avait surnommé Brutus. Il avait des mains énormes et nous retournait la tête quand il nous giflait. Il nous appelait à son bureau. Il nous ordonnait de baisser nos mains pour ne pas se protéger et avant de nous envoyer une baffe à toute volée il prenait plaisir à faire durer l’instant.

C’était atroce pour celui qui était appelé mais tous les autres se marraient.

On est parfois cruel quand on est jeune.

Je me souviens d’un pion qui s’appelait je crois Colinet que je haïssais particulièrement. Il faut dire qu’il cherchait toujours le moyen de nous rendre la vie impossible.

Un jour, je pense que je devais être en quatrième. Nous approchions de Noël et nous avions l’habitude de décorer nos classes. Nous déplacions les bureaux. On ne gardait que les chaises et les professeurs ou les surveillants, voyant cela, ne nous faisaient pas classe mais nous racontaient des histoires.

Or ce jour là nous avons décidé de transformer la classe avant l’arrivée du surveillant, Monsieur Colinet.

On s’attendait à sa réaction. Il allait se mettre dans une grande colère comme il en avait le secret et nous obligerait à tout remettre en ordre et à reprendre notre travail.

C’est à ce moment que j’ai eu une idée…diabolique.

Puisque nous étions proche de Noël nous avions qu’à lui faire un cadeau. On pris un stylo bic dégoulinant d’encre, donc difficile à manipuler. On l’enveloppa dans un très beau papier cadeau et on le posa bien en vue sur son bureau. Et on attendit. Nous ne fumes pas déçus.

Lorsqu’il arriva, il commença à nous invectiver car nous n’étions pas rangés devant la classe puis il ouvrit la porte et vit que la classe avait été modifiée pour qu’il nous raconte des histoires.

Il se mit dans une colère noire et nous intima l’ordre de tout remettre en place rapidement.

A cet instant il s’arrêta car il venait de voir le cadeau sur son bureau.

Il devint tout rouge, nous fit entrer et commença un discours pour s’excuser et nous remercier.

Il commença à nous expliquer qu’il n’était pas un mauvais bougre et que si parfois il était un peu dur avec nous c’était pour notre bien et qu’il appréciait de voir qu’on l’aimait bien malgré tout.

Tout en prononçant ces paroles, il ouvrait le paquet si bien qu’il se trouva tout à coup avec de l’encre plein les doigts….

De rouge il devint blanc et ne dit plus un mot de la soirée. On ne le revit plus ni dans notre classe, ni au lycée.

Cinquante ans après je m’en veux encore.

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23 juillet 2012

les loisirs

A cause du commerce, mes parents prenaient rarement des vacances.

Pendant mes années d’école, ils nous envoyaient en colonie de vacances en Bretagne et dans le massif central à Saint Afrique.

J’ai très peu de souvenirs de ces vacances exeptés les marches à pied en chantant le long des routes bordées de platanes, les siestes obligatoires interminables car je n'arrivais pas à m'endormir, la pêche aux coquillages sur les plages de l'océan et les délicieuses crèpes bretonnes.

 

 

 Je me souviens qu’une nuit,   en colonie de vacances à Saint Afrique, j’ai été à la pèche aux écrevisses.

C’était probablement une colonie religieuse car mon père était venu nous voir avec le curé de Blagnac.  

La nuit venue, nous sommes partis tous les quatre, c’est à dire mon père, le curé, Christian et moi à la pèche aux écrevisses.

Pour pratiquer cette pèche qui était interdite, nous opérions de nuit à la main en nous éclairant à l'aide de torches électriques et en faisant le moins de bruit possible pour ne pas alerter les gardes champêtres .

Mon père n’a jamais était un grand pécheur mais il adorait braconner.

Je revois encore le curé de Blagnac dans l’eau du petit ruisseau avec sa soutane retroussée à mi cuisses et pieds nus en train de soulever des pierres pour capturer quelques écrevisses.

 

Entre 7 et 10 ans, j'ai passé mes vacances chez ma marraine la tante Dorothée à Villariès.

C’était la sœur de mon grand père maternel, Pépé Sancéré. Elle était originaire du Tarn mais avait fait toute sa carrière professionnelle à Paris comme commerçante dans la mode comme on disait à l’époque. Elle vendait des vêtements féminins.

Pour sa retraite elle s’était installée à Villariès un petit village près de Toulouse dans un ancien couvent qu'elle avait acheté, sur les conseils de mon père.

C’était une très grande bâtisse avec, dans le jardin, un immense cèdre que l’on voit encore aujourd'hui de très loin. D’ailleurs la maison s’appelait le grand Cèdre.

A la suite de la vente de ses commerces parisiens, la tante Dorothée avait assez d’argent et elle avait repris avec elle toute sa famille : sa sœur, la tante Anaïs avec son mari le tonton Cyprien, son frère et sa belle sœur, c’est à dire mon grand père et ma grand mère

 

                                          anaïs Dorothée

                                                      Tante Anaïs et Tante Dorothée       

 

                                             pépé et mémé Sancéré

                                                              Pépé et Mémé Sancéré

 

Il y avait aussi le mari de la tante Dorothée, le Tonton Perrin, Monsieur Robert dont je n’ai jamais connu le lien de parenté avec la famille mais qui d’après certaines rumeurs aurait été son ancien amant et une ancienne employée avec son mari.

Il y avait aussi une bonne qui faisait la cuisine et nettoyait la maison.

Je m'amusais souvent des conversations entre mon père et tante Dorothée au sujet de la bonne.

D'après la tante elle était travailleuse mais elle ne lui plaisait pas car elle avait des moustaches.

Il faut dire que ma tante, dans sa jeunesse était très belle et que dans ses magasins, elle avait toujours embauché de très  jolies vendeuses.

J’étais le seul enfant, entouré et choyé par une foule de grandes personnes assez âgées qui me paraissaient assez farfelues.

Il y avait le Tonton Perrin , l’intellectuel de la famille qui avait étudié le latin au séminaire et qui lisait des livres toute la journée.Il était très instruit mais personne ne s’intéressait à ce qu’il expliquait.

Cela a toujours été une constante dans notre famille de commerçants et d'artisants. Nous nous sommes toujours méfiés des intellectuels.

D’ailleurs, quand parfois on me trouvait peu dégourdi , voire niguaud, un membre de ma famille me disait : «  Fais des études, car tu n’es pas assez malin pour être commerçant. »

Cela m’a rendu modeste tout au long de ma carrière professionnelle.

 

Il y avait un autre farfelu chez tante Dorothée, c’était monsieur Robert.Il faisait sans cesse des « inventions » genre concours Lépine.

Je me souviens qu’il avait un jour essayé de fabriquer du mastic mais il n’a pas réussi et il a tout jeté au fond du jardin. Ce qui a bien fait rire mon père et mes cousins.

Il y avait aussi mon grand père Sancéré.

Je le connaissais bien car c’est lui qui nous gardait à Grépiac lorsque j’étais très jeune. Il m’aimait beaucoup.

Nous partions en promenade à bicyclette durant des journées entières, allant parfois jusqu’à Blagnac pour voir mes parents.

On allait aussi pécher au bord du Girou. Certaines années Michel, mon cousin germain le parisien, venait aussi en vacances avec nous.

 

C’est aussi à cette époque que j’ai été enfant de cœur.

Ma tante, qui se la jouait un peu, invitait à ses goûters une série de dames patronnesses de Villariès dont la plus importante était la comtesse de Viguerie qui habitait le grand château qui domine le village.

A ses goûters, il y avait toujours le vieux curé et c’est lui qui me proposa de devenir enfant de cœur.

C’est ainsi que, avec ma chasuble rouge et blanche, je suis devenu un maître dans l’art de chanter la messe en latin, d’utiliser les burettes, de remuer l’encensoir et de boire le vin de messe en cachette dans la sacristie.

Je me souviens aussi des enterrements où l’on suivait, en marchant dans la boue, un corbillard tiré par un cheval maigre. Mais à l’époque, je trouvais ces situations plutôt cocasses.

 

Je me souviens aussi à cette époque de deux évènements liés au climat.

 Tout d’abord, il y eut en 1955, 1956, un hiver très rude .Le canal du midi était gelé et on pouvait patiner sur la Garonne. J’étais au lycée Bellevue. On se gelait la nuit dans les dortoirs.

Le matin pour rejoindre le bâtiment du réfectoire on empruntait un chemin très pentu. Or cette semaine là, comme il y avait beaucoup de neige, on a fait des courses de luges sur nos cartables.

 

Le printemps suivant, probablement à cause de la fonte des neiges, il y eut une très grande crue de la Garonne.

Et comme notre maison se situait près de la Garonne et aussi près de l’embouchure du Touch, l’eau est montée , montée.

Pendant une semaine chaque jour et aussi chaque nuit on surveillait le niveau de la Garonne par rapport aux piles du pont. L’eau se rapprochait de notre maison.  

 Au plus haut, elle était très prés de notre cave mais nous n’avons jamais été inondé.

Par contre chez un de mes copains, Alain Veiller qui avait une très jolie villa au bord du Touch, l’eau est arrivée dans sa cuisine jusqu’à une hauteur de 1 mètre.

 Mon père ne s’inquiétait pas trop de la montée des eaux. Il en profitait pour braconner.

Avec un de ses copains, un gendarme de Blagnac, ils allaient pécher de tout petits poissons à la tombée de la nuit.

Je l’ai appris plus tard mais lorsqu’il y a de forts courants, les poissons se serrent les uns contre les autres et se mettent à l'abri prés des berges.

Alors mon père et le gendarme lançaient dans l’eau un grand filet de pêche qu'on appelait un épervier.

Parfois ils utilisaient une très grosse épuisette de plus d’un mètre de diamètre qu’il fallait manipuler à deux.

Tout cela était interdit, mais c’était le gendarme, l'ami de mon père qui faisait office de garde champêtre et qui était sensé surveiller les braconniers.

En quelques minutes ils ramenaient sur la berge des quantités énormes de petits poissons qu'ils mettaient dans un grand sac et qu’ils offraient à tout le quartier.

 

Il me revient un autre souvenir de cet époque. Celui de ma collection de timbres.

J'avais commencé à collectionner des timbres surtout de France.

Ma mère m'avait acheté un jolie classeur où je les rangeais soigneusement .

De temps en temps j'allais à Toulouse chez un marchand philatéliste et je revenais avec une pochette de quelques timbres représentant des personnages historiques ou des cathédrales.

Il n'y avait pas beaucoup d'images à l'époque mais les timbres c'était magique car ils avaient de la valeur.

J'avais un catalogue où ils étaient répertoriés avec pour chacun d'eux sa valeur en francs.

Je passais mes journées à les admirer et à calculer la valeur totale de ma collection.

En fait elle ne valait pas très cher au début car je n'avais pas de timbres rares.

Mais j'avais un ami, Alain Veiller dont le père était un grand collectionneur.

Il avait une collection magnifique avec de nombreux classeurs et des timbres rares donc chers.

Alors de temps en temps Alain m'apportait des timbres qu'il subtilisait à son père et en échange je lui donnais des cigarettes que je prenais au magasin en cachette de mes parents.

Ce qui fait que au bout de quelques années j'étais à la tête d'une belle collection avec quelques timbres de valeur.

Je ne me souviens pas de la valeur finale de ma collection mais je sais que je l'ai vendue un bon prix à mon marchand Toulousain quelques années plus tard.

J'avais environ douze ans. Je ne m'intéressais plus aux timbres. C'était le début des électrophones, l'ancêtre des chaînes hi fi.

Mon père avait acheté un tourne-disques avec quelques disques vinyl de Dalida, d'André Dassari et des histoires de Robert Lamoureux et de Fernand Raynaud.

Les disques étaient relativement chers à l'époque mais grâce à la vente de ma collection de timbre je m'étais payé une trentaine de vinyls avec les tubes de l'époque : Paul Anka, Bill Halley, les Platters, Elvis Presley, les Machucambos et Ben et sa tumba.

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25 juillet 2012

Narbonne-Plage

A partir de 1955, il y eut encore un nouveau changement dans notre vie familiale.

 

Mes parents décidèrent de se faire construire une villa au bord de la mer à Narbonne plage. C’était une petite maison avec 2 chambres et un garage qui était utilisé en chambre pour les enfants. Elle était située à 100 mètres de la plage.

J’avais 12 ans lors de sa construction et 18 ans lorsque nous l'avons vendue.

 

                                  1998190

                       Mémète, Maman, Louisette et moi devant la villa de Narbonne plage

 

De 1955 à 1961, c'est à dire pendant toute ma scolarité au lycée Bellevue , j’ai passé mes vacances d’été à Narbonne plage.

Les vacances d’été s’étalaient sur 3 mois, juillet, août et septembre.

Mes parents ne prenaient pas de vacances. Ils venaient seulement nous voir le lundi après midi, jour où ils fermaient le magasin. C'est ma grand-mère maternelle, que l'on appelait affectueusement la Mémète qui nous gardait, moi et ma sœur Louisette.

Christian venait rarement en vacance avec nous car au début il préférait partir avec ses copains en Espagne.

Un peu plus tard , juste après son mariage avec Janine, il est partit au service militaire en pleine guerre d'Algérie. Mais ça c'est une autre histoire....

 

Mon père avait baptisé la villa «RI-AN-TE» avec la terminaison des prénoms de ses 3 enfants : Henri , Christian et Louisette .

La villa n'a jamais été modifiée par rapport à l'époque où on l'habitait. On peut toujours la voir au 3ème rang en partant de la plage, derrière l' hôtel l'Arlequin et le golf miniature.

Mes copains d'enfance de Blagnac, Jacques et Francis Gallart passaient aussi leurs vacances chez leur grand-père à deux maisons derrière la nôtre.

J'ai passé de très belles vacances durant toutes ces années.

Au début c'était surtout la plage avec les parties de volley, les baignades dans la mer qui était parfois assez froide surtout quand soufflait le vent du nord, la Tramontane. J'étais très bronzé.

On pêchait des couteaux en plongeant sous l'eau et en attrapant ces coquillages avec les mains. Il fallait se méfier des vives, de petits poissons avec une nageoire dorsale très venimeuse.

 

                                          1961 juillet narbonne plage

                                              Janine, Maman, Papa, Thierry et Louisette

 

                                         1957 aout narbonne plage

                                        Tante Simone, Maman, Jean-Louis Almon, Louisette et moi

 

On restait sur la plage toute la journée en plein soleil.

Il y avait très peu de voiliers. On faisait surtout du pédalo et du gondolis, une planche en forme de gondole vénitienne sur laquelle on s'asseyait et l'on ramait.

La température de la mer évoluait en fonction de l'orientation du vent.

Avec le vent du sud est, le vent d'Espagne la mer était chaude et calme. Avec le vent du Sud, le Marin, la mer était très chaude avec de très grosses vagues mais le plus souvent il y avait un vent très fort venant du nord, la Tramontane et la mer était très froide.

 

C'était la période la plus dangereuse car le vent emportait les parasols et les matelas pneumatiques vers le grand large.

Les nageurs éprouvaient des difficultés pour regagner la plage.

Les jours de vent du nord, le soleil cognait très fort et il y avait beaucoup de personnes qui avaient des insolations et aussi beaucoup d' hydrocutions car l'eau était très froide. Il y avait souvent des noyés.

Je me souviens d'une après midi ou l'on avait aidé les sauveteurs à ramener sur la plage des baigneurs en utilisant des cordes. L'un deux était dans un tel état qu'il avait fallu lui faire le bouche à bouche alors qu'il vomissait.

 

 

                

                            

 

 

 

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26 juillet 2012

l' Arlequin

C'est à Narbonne plage que j'ai appris à danser et que j'ai commencé à courir les filles comme on disait à l'époque.

Il y avait sur le front de mer un hôtel, l'Arlequin, qui tous les soirs se transformait en dancing,

On dansait avec un orchestre constitué généralement d'un piano, d'une guitare et d'une contrebasse et parfois d'un xylophone ou d'une trompette.

On dansait le Tango, le Mambo, le cha-cha-cha, le rock'n roll , la valse et surtout le slow.

Il ne fallait surtout pas manquer les séries de slow car c'était à cet instant que démarraient les flirts.

Les jeunes filles étaient assises sur des chaises autour de la piste de danse et au début de chaque morceau de musique nous allions les inviter à danser.

Elles disaient parfois oui mais souvent elles refusaient et il fallait en chercher une autre.

Et à chaque tour de danse il y avait les heureux élus qui dansaient et les pauvres malheureux qui restaient seuls. Lorsque l'on avait dansé plusieurs fois avec la même fille et qu'arrivait le moment du slow commençaient les tentatives d'approche, pression de la main, frôlement, joue à joue et glissement visage contre visage et …. le baiser.

Très souvent la jeune fille se retirait et c'était le fiasco. Il fallait essayer avec une autre.

Mais quand le flirt fonctionnait on pouvait parfois terminer la soirée sur la plage.

Il y avait deux sortes de touristes.

Tout d'abord les bronzés, les privilégiés comme moi qui passaient trois mois sur la plage et qui revenaient chaque années.

Et puis il y avait les palotes. Les filles qui venaient passer quinze jours au foyer Léo Lagrange, toutes blanches car elles arrivaient de Bretagne, de Lorraine , voire d'Allemagne.

Elles avaient peu de vacances et voulaient en profiter dès le premier soir.

Pour nous les bronzés, dès que l'on nous annonçait une nouvelle arrivée de touristes au Foyer, on savait que la première soirée au dancing serait décisive.

Si cela marchait on avait quinze jours de bonheur assuré.

Si on ne concluait pas le premier soir, on allait passer quinze jours tout seul.

Ce n'était que des amours de vacances mais j'en garde un merveilleux souvenir.

 

 

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