C'est à Narbonne plage que j'ai appris à danser et que j'ai commencé à courir les filles comme on disait à l'époque.

Il y avait sur le front de mer un hôtel, l'Arlequin, qui tous les soirs se transformait en dancing,

On dansait avec un orchestre constitué généralement d'un piano, d'une guitare et d'une contrebasse et parfois d'un xylophone ou d'une trompette.

On dansait le Tango, le Mambo, le cha-cha-cha, le rock'n roll , la valse et surtout le slow.

Il ne fallait surtout pas manquer les séries de slow car c'était à cet instant que démarraient les flirts.

Les jeunes filles étaient assises sur des chaises autour de la piste de danse et au début de chaque morceau de musique nous allions les inviter à danser.

Elles disaient parfois oui mais souvent elles refusaient et il fallait en chercher une autre.

Et à chaque tour de danse il y avait les heureux élus qui dansaient et les pauvres malheureux qui restaient seuls. Lorsque l'on avait dansé plusieurs fois avec la même fille et qu'arrivait le moment du slow commençaient les tentatives d'approche, pression de la main, frôlement, joue à joue et glissement visage contre visage et …. le baiser.

Très souvent la jeune fille se retirait et c'était le fiasco. Il fallait essayer avec une autre.

Mais quand le flirt fonctionnait on pouvait parfois terminer la soirée sur la plage.

Il y avait deux sortes de touristes.

Tout d'abord les bronzés, les privilégiés comme moi qui passaient trois mois sur la plage et qui revenaient chaque années.

Et puis il y avait les palotes. Les filles qui venaient passer quinze jours au foyer Léo Lagrange, toutes blanches car elles arrivaient de Bretagne, de Lorraine , voire d'Allemagne.

Elles avaient peu de vacances et voulaient en profiter dès le premier soir.

Pour nous les bronzés, dès que l'on nous annonçait une nouvelle arrivée de touristes au Foyer, on savait que la première soirée au dancing serait décisive.

Si cela marchait on avait quinze jours de bonheur assuré.

Si on ne concluait pas le premier soir, on allait passer quinze jours tout seul.

Ce n'était que des amours de vacances mais j'en garde un merveilleux souvenir.